Pourquoi les concept stores mixtes séduisent tant aujourd’hui ?

Poser ses pas dans un concept store où la dentelle flirte avec la maille, où un body sublime côtoie la robe coup de cœur, voilà une expérience bien différente du shopping traditionnel. Depuis cinq ans, ces espaces hybrides fleurissent dans toutes les grandes villes de France, mais aussi dans les centres-villes portuaires et touristiques, à l’image de Saint-Malo. Quelle est la recette de leur succès, et qu’apportent-ils de neuf à la façon de consommer la mode ?

À l’origine, les boutiques de lingerie et de prêt-à-porter féminin cultivaient souvent des univers séparés. Aujourd’hui, 30 % des nouvelles enseignes indépendantes choisissent de mêler plusieurs univers, selon Réseaux Concepts et Business of Fashion (2023). Un chiffre en constante progression, à l’image des attentes d’une clientèle en quête de cohérence entre confort, élégance et éthique.

  • Une expérience sensorielle : l’essayage devient un rituel où chaque fibre compte, où la féminité s’exprime à travers la superposition, le toucher, la nuance.
  • Le goût du slow shopping : privilégier des rencontres avec des créatrices, redécouvrir la richesse des matières, investir dans des pièces durables.
  • Un accompagnement sur-mesure : les équipes conseillent globalement, savent marier un peignoir en coton bio à une nuisette en soie, une veste tailleur à un bralette graphique.

Ces boutiques qui osent : les exemples qui inspirent

1. LIVY : Paris, Deauville, Lille… et bientôt en Bretagne ?

LIVY n’est pas un secret d’initiées : la marque fondée par Lisa Chavy fusionne ingénieusement lingerie, prêt-à-porter et accessoires, dans des espaces à la fois intimistes et high-tech. Le concept : qu’une brassière se porte sous un blazer ou qu’une culotte haute devienne un accent mode. Son flagship du boulevard Saint-Germain (Paris VI) propose sur 190 m² un parcours “corps et esprit”, réunissant des collections capsules associées à des marques partenaires. LIVY revendique 70 % de modèles en matières européennes, et un sourcing éthique pour la soie et la dentelle (source : livy.com).

2. RougeGorge Lingerie & Mode : la réussite made in Nord

Le groupe RougeGorge (né à Lille) a, lui aussi, repensé son offre. Il compte une douzaine de points de vente qui intègrent, depuis 2022, des corners prêt-à-porter : caracos, pyjamas de créateurs français, mailles. Un concept qui répond à la demande des 25-40 ans, dont 64 % disent vouloir acheter lingerie et vêtements dans un même espace (Kantar, étude 2022). L’idée est simple : faciliter le quotidien, rendre l’achat plus joyeux et spontané.

3. Petits Hauts & Jolies Culottes : l’exemple de la boutique niçoise Abbi

Ce lieu malicieux, niché dans le Vieux-Nice, réunit petits hauts brodés signés Sessùn ou Louise Misha, et sélections très pointues de lingerie (Ysé, Olly Lingerie, Weekday). Ici, chaque mise en avant inspire le mix and match et valorise l’artisanat local : la fondatrice travaille avec les ateliers niçois pour ses accessoires. Le chiffre-clé à retenir ? Près de 50 % des clientes disent acheter un article de chaque catégorie lors de leur visite, s’offrant ainsi un ensemble exploreur ET cocooning.

Les tendances repérées : quand lingerie et vêtements racontent une histoire

Le concept store hybride n’est pas seulement une question de pile ou face, d’associer de la lingerie à une robe. C’est d’abord une narration, un univers à part entière. Chez Les Trésors de Cézembre, nous avons repéré quelques tendances fortes :

  • L’effet layering : la chemise blanche sur un caraco en dentelle vue chez La Seine & Moi à Paris ou sur Instagram, multiplie les possibilités de looks, sans jamais sombrer dans le cliché.
  • Les dessous qui s’exposent : chez & Other Stories ou chez Ysé Paris, le body se porte à la place du classique t-shirt, le soutien-gorge triangle sort de l’ombre sous un pull fin. Selon Madame Figaro, cette tendance a bondi de 40 % sur la dernière saison, portée par la vague body-positive et la recherche de confort chic.
  • La touche créateur local : dans les concept stores bretons ou normands (ex : MØSAIN, Rennes), les fondatrices sélectionnent des marques françaises de lingerie comme Noo ou Icone, mais invitent aussi les créatrices de mode locale à exposer t-shirts sérigraphiés, vestes en lin lavé, créant des univers personnalisés.

À Saint-Malo, vers une nouvelle façon d’acheter ?

Sur les pavés de l’Intra-Muros, des boutiques mixent déjà lingerie et prêt-à-porter, chacune avec sa patte. Sans dresser d’inventaire exhaustif, voici la quintessence des lieux repérés ou recommandés par la communauté locale :

  1. La Malouine Séductrice (rue Broussais) : 50 m² chaleureux où s’accordent tuniques de créateurs, lingerie dentelle made in France (Icone Paris, Le Slip Français) et accessoires upcyclés. Des ateliers sont organisés une fois par mois, animés par des créatrices venues de Nantes ou Rennes, pour parler “morphologie & conseils couleur”.
  2. La Petite Balnéaire : entre Fréhel et Saint-Malo, ce concept store saisonnier joue la carte du 100 % local (linge, lin lavé, sous-vêtements en coton bio breton), et propose des essais sur rendez-vous, loin du tumulte, pour que le choix prenne une dimension presque méditative.

Au-delà de la sélection, ces lieux s’attachent à proposer un accueil sur-mesure, des conseils sur l’entretien des matières naturelles, et favorisent la collaboration avec des marques responsables, presque toujours françaises ou belges.

L’essor du slow shopping : dépasser la simple offre produit

En France, 1 consommatrice sur 2 déclare vouloir limiter la fast fashion et préfère désormais investir dans de beaux dessous ou des basiques de qualité (source IFM baromètre 2023). Les concept stores qui mêlent lingerie et prêt-à-porter se positionnent ainsi comme des refuges pour une nouvelle façon d’acheter :

  • L’accueil : atmosphère intimiste, échanges vrais, cafés offerts ou playlists soigneusement choisies… chaque détail compte pour ralentir le temps.
  • La responsabilité : lectures sur le slow fashion, partenariats avec des créateurs locaux, transparence sur les matériaux (ex : coton Bio GOTS, dentelle Calais, fibres recyclées).
  • La personnalisation : mini-consultations morpho, conseils d’assortiment “tenue et dessous”, la possibilité de voir, toucher, sentir et choisir en conscience.

Un chiffre à retenir : à Lille, lors de l’ouverture du concept store récent “Petite Curveuse”, spécialisé en plus-size, le taux de retour sur achat combiné lingerie et vêtements a chuté de 30 % par rapport à l’achat séparé (source : étude interne boutique 2024).

Comment reconnaître un véritable “concept store” hybride et éviter les pièges du marketing ?

Les chaînes et grandes enseignes s’approprient parfois le terme “concept store”, mais le sens initial – celui de la sélection pointue, de la curation passionnée – reste la marque des independants convaincus. Pour dénicher un lieu authentique, quelques indices ne trompent pas :

  • La sélection change avec les saisons, les collaborations ou les découvertes locales.
  • La scénographie raconte une histoire : cabines dignes d’un appartement, cintres en bois, coussins d’artisans ou mobilier chiné.
  • Les vendeuses sont (souvent) aussi les fondatrices ou à minima capables de présenter chaque pièce avec émotion.
  • Les marques évoquées sont majoritairement françaises, ou européennes, jamais issues des plateformes anonymes asiatiques.

Certaines boutiques, comme “Lisonia”, à Nantes, publient sur Instagram chaque réception de nouvelle collection, mettent en avant le savoir-faire des corsetières, partagent des témoignages de clientes sur la durabilité de leurs achats (plusieurs années pour certaines).

Quels freins à l’essor des concept stores hybrides ?

L’expérience immersive n’est pas sans défis : il y a la question du stock (difficile de proposer toutes les tailles sur deux segments différents), la nécessité d’une formation approfondie des équipes de vente, ou encore la capacité à sourcer du local à des prix abordables. Selon Fédération du Prêt-à-Porter Féminin, seules 8 % des boutiques françaises adoptent à ce jour une double offre lingerie/vêtements, par manque de ressources ou de fournisseurs partenaires.

Un enjeu essentiel reste la communication : expliquer l’intérêt de marier les deux univers, casser l’idée reçue selon laquelle la lingerie serait seulement un “accessoire” du vêtement. Les réseaux sociaux jouent ici un rôle clé : sur Instagram, les posts mettant en scène des ensembles hybrides génèrent jusqu’à 3 fois plus d’interactions (étude Socialbakers 2023).

Vers une nouvelle génération de boutiques inspirantes

Mix de genres, focus sur l’artisanat textile, scénographie sensorielle et conseils sur-mesure : les concept stores qui conjuguent lingerie et prêt-à-porter donnent le ton d’une nouvelle approche du shopping féminin. S’approprier ces lieux, c’est soutenir des créatrices aux valeurs fortes, explorer son style avec liberté, et redécouvrir la magie du “slow”, loin des diktats saisonniers et du standardisé.

En poussant la porte de ces adresses, on découvre que le beau se niche autant dans la finition d’une bretelle que dans la coupe d’une chemise. L’harmonie entre dessous et dessus y devient un art de vivre, un manifeste pour les matières naturelles et l’artisanat local. La prochaine fois que l’occasion de flâner se présente, ne pas hésiter à pousser la porte d’un concept store hybride : il s’y joue sans doute une révolution discrète, à fleur de peau et de tissus, au cœur même de nos villes.

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